LE VAUDOU EST IL UNE RELIGION?

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L’acuité de cette question est aujourd’hui plus grande quand on tient compte du nombre croissant d’allégations de toutes sortes faites au sujet du vaudou haïtien depuis le séisme du 12 janvier 2010. Des jugements de valeurs de directeurs d’opinion, les omissions des uns et les inclusions tapageuses des autres créent un ensemble de biais dans la compréhension du phénomène. Faisant souvent appel à des considérations extra-religieuses pour soutenir leurs positions, leurs propos risquent de se révéler au bout du compte anti-religieux. Il y a là matière à se demander comment toucher ce sujet si sensible. La logique nous contraint à nous référer tout simplement à la définition largement acceptée de la religion à savoir un fait psychologique, culturel et social.Les esclaves africains propulsés à St-Domingue, expérimentant des conditions inhumaines, misaient sur leurs rites ancestraux pour puiser réconfort, et cultiver une sorte de liberté intérieure en vue d’adoucir leurs âmes endolories. Leurs rituels leurs ont permis d’exploiter une approche communautariste pour se mobiliser derrière un objectif commun qui était la fin de l’esclavagisme et la liberté effective des noirs. Le vaudou haïtien était donc né. Cette démarche d’il y a plus de 200 ans répond clairement à l’attribution de fonction sociale que Bergson colle au vocable de religion dynamique dédiée à la poursuite d’une organisation sociale harmonieuse avec une impulsion inventive de survie. Ce que corrobore Nietzsche quelque part quand il fait référence au nihilisme que la religion peut contribuer à surclasser en favorisant de nouvelles valeurs.Certains critiques s’aventurent à rejeter d’un revers de main le caractère religieux du vaudou haïtien en le confinant de préférence à de simples pratiques occultes. Pourtant, l’essentiel du vaudou est très proche du catholicisme. Analysez vous-mêmes! Le Vaudou, comme le catholicisme, vénère Dieu, cet être suprême invisible, omniscient, omnipotent et omniprésent. Pendant que les catholiques font appel à d’autres divinités appelées «saints» à titre d’intermédiaires entre l’homme et ce Dieu, les vodouisants interpellent les «Lwas» comme intercesseurs. Saints et Lwas auraient donc la même vocation, celle d’intervenir auprès de Dieu pour les marques de faveur que demandent incessamment les croyants d’après l’essence et le sens même du concept de culte religieux développé par Emmanuel Kant. Alors, pourquoi le catholicisme serait une religion, le vaudou, pas?

Pour bien asseoir leurs arguties, d’autres analystes évoquent avec impertinence le sacrifice d’animaux pratiqué par les vodouisants, lui administrant in fine une connotation diabolique. Il est curieux de constater qu’ils ne disent mot de la fameuse substitution du bélier à Isaac lors du sacrifice d’Abraham que les chrétiens célèbrent. Ils passent en outre sous silence l’aid el-Kébir, la commémoration annuelle chez les musulmans du sacrifice d’Ibrahim, au cours de laquelle chaque famille doit immoler un mouton. Pourquoi le christianisme et l’islamisme seraient des religions, le vaudou, pas?

On est donc forcé de croire que les diatribes contre le vaudou haïtien viennent de tenants d’une certaine thèse comparative et discriminante qui prône sinon une hiérarchisation, du moins une catégorisation des religions où le christianisme serait l’instrument de mesure de perfectibilité des autres religions.

Oh non! Il n’y a pas de religion supérieure à une autre. Malgré toutes les considérations déformées, déformantes et déformatrices émises à l’encontre du vaudou haïtien, il reste foncièrement une religion. Selon le théoricien Emile Durkheim, chaque religion est tributaire de sa propre société. Marx, de son coté, y voit un élément fondamental autour duquel s’organise cette société. Aussitôt on comprend aisément pourquoi le protestantisme est associé au développement du capitalisme. Pourquoi le confucianisme a la réputation d’avoir formaté l’idéal politique, la vertu et l’éducation typiques de la Chine. Pourquoi l’arabisme, l’idéologie du nationalisme arabe, doit son fondement à l’islam. Enfin, pourquoi le vaudou représente le symbole de la résistance des esclaves à la traite négrière, de la lutte pour l’émancipation des noirs et l’un des jalons du noirisme.

Nous résistons à l’envie d’aborder ici le domaine des pratiques religieuses du vaudou et de leur signification. A notre avis, elles sont impénétrables, intouchables même, comme celles de toutes les autres religions, et insaisissables comme l’explication du choix religieux d’une personne. Tout cela relève du mythe, ce labyrinthe entretenu par l’origine des temps et la fertilité de l’imagination.

La bible dit que les choses révélées sont aux hommes, les choses cachées sont à Dieu. Les créoles le reprennent à leur façon en stipulant: «pa fouye zo nan kalalou». À celui qui se croit doté d’un esprit fort pour percer les secrets de la nature et s’élever au-dessus des superstitions, nous répondrons sagement comme Jesus: «Que celui qui n’a jamais péché, jette la première pierre».

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