LES VÉVÉS

1525202_253640074800671_941076790_nDans la langue Fongbé parlée au Dahomey, le mot vévé veut dire Farine.La plupart des cérémonie vodou, toutes celles, en tout cas, qui revêtent une certaine importance, débutent par le tracé des Vévés, c’est à dire des symboles des esprits qu’on désire plus particulièrement invoquer.Cette opération est généralement effectuée par le Houngan lui même ou la Mambo, mais il arrive qu’elle soit confiée à des initiés de moindre importance, par exemple aux Hountogui, maitre tambours qui sont souvent d’excellents « tireurs de farine » à condition qu’on ne leur demande pas de s’écarter des images qui leur sont familières.Le vévé est d’ordinaire tracé à même le sol, au centre du Hounfor. Pour le réaliser, le Houngan procède de la manière suivante:
Il se place debout, jambes largement écartées, le corps penché en avant. De la Main Gauche il tient un récipient, assiette blanche ou demi calebasse appelée « Coui », contenant de la farine de Mais.  De la main droit, il saisit des petites pincées de cette farine qu’il laisse couler entre ses doigts, avec la régularité d’un sablier.
De la même manière qu’un artiste travaillant au crayon ou au pinceau, il obtient ainsi les lignes de son dessin.

Ces symboles peuvent également être tracés avec du charbon de bois pilé ou de l’argile.

Les vévés sont donc les symboles des esprits. Leur présence rend la cérémonie signifiante. Elle cesse d’être un simple divertissement pour passer sur le plan proprement religieux. Leur tracé auquel, dans les grandes circonstances, plusieurs prêtres peuvent prendre part simultanément, est généralement assez long. Ainsi, les spectateurs ont-ils tout le temps d’observer leur construction et de s’imprégner de leur signification.

Il semblerait d’ailleurs que, dès qu’ils sont achevés, leur présence devienne presque inutile. Très vite les danses reprennent, les mouvements des Hounssi les masquent aux regards et, dès qu’apparait un esprit, ils sont piétinés et il n’en reste plus bientôt qu’un peu de poussière.

Contrairement à ce qui a été trop souvent affirmé, le Vodouisant Haïtien reconnait l’existence d’un Dieu Unique. Étant admis que ce Dieu ne peut être ni représenté, ni prié, ce qui constituerait un évident manque de respect, on comprendra que tout ce que l’on peut savoir de Dieu se construit à partir de cet ensemble d’images que le vodouisant appelle Lwa, Djab, Gad, Pwen, Mistè, oricha ou Olicha, N’kisi ou Bakisi, Zany ou Zing, on la désigne aussi sous des coms collectifs comme Ginen Yo, Bondje Gad la, Gwo Lwa m yo, Allada yo, Nago yo, Lwa Kongo yo, Wandilé Kongo Zandò yo. Les cérémonies vodou sont exclusivement consacrée au service des Lwas!

Dans cette épiphanie des Lwas, les vévés vont tenir un rôle essentiel. Considérant les vévés, la plupart des ethnologues n’y ont vu que les emblèmes des Lwas. Et il est vrai qu’au premier degré chaque vévé représente les armoiries d’un esprit particulier. Comme tous les symboles, le vévé montre. C’est ainsi que la machette montrera Ogou, esprit de la guerre, le coeur, Erzulie, esprit de l’amour et la croix, Gédé Lwas de la mort. Mais comme tout les symboles, le vévé va bien au delà, il réunit et il enjoint. Projection sur une surface plane du cosmos divin, il permet au monde des esprits et au monde des hommes de se rejoindre.

Le vévé peut décorer un objet de culte, ou le mur du temple, mais plus généralement, il est tracé à même le sol du houmfô au cours d’une cérémonie.

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Carl Gustav Jung a montré comment les symboles avaient un énorme impact sur les individus qui les contemplent et comment ils pouvaient agir comme forces bénéfiques et destructrices. Un vévé ne peut donc être tracé au hasard. C’est, en quelque sorte, une machine à qui aucun accessoire ne doit manquer pour qu’elle fonctionne correctement. IL faut ensuite savoir s’en servir pour le bien de la collectivité. Dans son remarquable Dictionnaire des symboles Jean Chevalier a montré comment le symbole agissait à la manière d’une tête chercheuse projetée dans l’inconnu, scrutant et tendant à exprimer le sens de l’aventure spirituelle des hommes.

Le cœur, l’étoile, le serpent que l’on découvre dans les vévés Vaudou se rattachent à une symbolique venue de la plus haute antiquité.

Claude Planson – ATI Max G. Beauvoir

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