INITIATION VAUDOU & VOCATION

De nombreuses personnes me contactent pour connaitre les tenants et aboutissants de  l’initiation au Vodou et beaucoup font l’amalgame entre l’apprentissage d’une mise en pratique de magie Hoodoo et une réelle implication spirituelle dans le vodou. Deux choses totalement différentes.

Bien évidement il peut être donné à tout le monde de pratiquer la magie ou la sorcellerie issue de Vodùn, bien que je fasse partie de ceux qui pensent qu’il est souvent très dangereux de s’immiscer dans les couloirs du monde du milieu sans être bien avisé des dangers potentiels. Mais pour collaborer avec les Lwa, il faut à mon sens passer par une initiation authentique et pas simplement par l’étude de recettes ésotériques.

Alors quid de l’initiation?

L’initiation Bosal est l’accueil formel du néophyte au temple. L’introduction de l’âme profane dans les couloirs qui mènent aux Lwa.

Certaines personnes se font initier pour des raisons religieuses, mais d’autres le font pour recouvrer la santé, se protéger du mauvais œil, améliorer leur situation économique, etc.

Le rituel principal de l’initiation Bosal est ce qu’on appelle le « Osman », qui peut être légitimement traduit dans la langue de Molière par Haussement, ce rituel comme son nom l’indique amène le profane à s’élever spirituellement, mais ce nom fait également référence à la dernière partie du rite. Il sera repris à chaque fois que l’initié reçoit un nouveau grade.

Le candidat habillé de vêtement multicolores, foulard rouge au cou ou noué autour de la tête, attend à l’intérieur du Hounfò le moment où il sera introduit aux dignitaires et à l’assistance réunis dans le pérystile. Lorsque le signal lui est donné il sort présenter ses hommages au président de la sosyete Hounfò qui le conduit au « Badji » où il jure fidélité aux lwa.

À la suite de cet acte solennel, le novice est proclamé Hounsi Bosal par le Houngan ou le président de la sosyete. Il retournera au pérystile pour s’asseoir sur un fauteuil spécial, encadré par quatre grands dignitaires.

À la suite de danses, de salutations, le fauteuil est haussé à trois reprises par les dignitaires. le haussement du fauteuil fait donc référence comme je le mentionnais au nom même du rituel.

Le fauteuil sera ensuite promené en triomphe autour du Potomitan et dans l’assistance qui l’acclame.

Le grade de Hounsi Kanzo est , en dehors de la prêtrise, le plus élevé auquel un vodouisant puisse aspirer. Être Kanzo veut dire avoir donné son âme aux lwa. Nul ne devient kanzo sans avoir d’abord servi à des échelons préliminaires. De ces rôles, les candidats pourront choisir celui ou ceux qui le mieux correspondent à leur talent.

L’initiation Hounsi Kanzo implique l’acceptation des sacrifices qu’elle impose. Tout d’abord, elle peut être très coûteuse. Tout candidat devra s’acheter les vêtements et accessoires rituels et payer au précepteur des honoraires dont le montant varie avec la popularité, et le grade de l’initiateur. En plus de ces obligations, il lui faudra s’astreindre à une discipline rigoureuse. Il fera vœu d’obéissance complète à son précepteur, par l’intermédiaire duquel il seront communiquées les révélations des Lwa.

Puisque tout est transmis par tradition orale, il devra être doué d’une mémoire supérieure et d’une remarquable intelligence, lui permettant d’apprendre et de comprendre les divers rites, cérémonies, les rythmes des tambours, les chansons la nomenclature des Lwa, leurs pouvoirs, leur comportement pendant la transe, leurs goûts et couleurs préférés, les vévé et images, les prières et invocations, les litanies, la terminologie traditionnelle en créole, français, latin et en langaj . En outre, certaines phases de l’initiation réclament de l’endurance physique. Des obligations morales très strictes s’ajoutent aux précédentes: Le Hounsi Kanzo est un élu des Lwa qui ne choisissent pas n’importe quel mortel. Ils attendent de lui une éthique rigoureuse.

Les sacrifices consentis ne sont pas sans leur récompense. En plus du titre prestigieux, le Hounsi Kanzo est un être purifié en communion permanente avec les Lwa jouissant de leur appui surnaturel, et de la constante protection de son Mèt Tèt ou Espri protecteur. Il peut également compter sur le support des prêtres, des autres Hounsi, de la congrégation, et des membres de plusieurs temples, car il fait partie de la Sosyete hounfò dont la solidarité est comparable à celle des francs-maçons.

Le postulant ou Hounyò devra consacrer la majeure partie de ses jours à l’apprentissage de la profession et, par conséquent, ne pourra pas vaquer à bon nombre de ses occupations habituelles. Une semaine au moins avant le début de la cérémonie d’initiation, le Houngan ou la manbo convoque les aspirants au Hounfò où ils déposent leurs vêtements rituels blancs. Ce sera une semaine d’exercices de piétés. Une diète de mets légers leur est prescrite. Généralement la cérémonie d’ouverture formelle du cycle de l’initiation à lieu un samedi dans la soirée, quand des conseils sont prodigués publiquement par l’initiateur, accompagnés de libations, d’offrandes, de danses, et parfois de transes.

Le rituel le plus important du service d’ouverture est le Chire Ayizan. Lwa Ayizan Velkete, symbole de pureté et d’éternité, est la patronne des Hounfò. Ce rituel a lieu au peristil autour du potomitan. Le chire Ayizan c’est l’effilochage de rameaux de palmier pour en faire une sorte de représentation de la longue chevelure de la déesse. Ces rameaux seront plus tard transportés dans le djevò et déposés sur une chaise recouverte d’un drap blanc placée sur le vévé ayizan pour leur bénédiction par le pè savann

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CHIRE AYIZAN

Les Hounyò seront bientôt invités à entrer au djevò, mai savant leur départ du peristil ils s’allongent à plat ventre sur le sol et sont aspergés d’eau bénite. Puis vient le moment solennel de l’au revoir. Les dignitaires, les prêtres, les initiés, les parents, les amis et toute l’assistance les embrassent avec effusion et même des sanglots. C’est un ultime adieu à des êtres chers qui s’en vont pour ne plus revenir, car ils ne seront plus les mêmes à leur retour. Maximilien explique:

L’initiation Kanzo… c’est une mort symbolique qui prépare la résurrection d’un être dépouillé de toute vanité et de toute ambition, purifié, et qui devient le vase digne de recevoir les esprits lwa.   (Maximilien 1945: 80).

À la fin de la cérémonies du peristil, les futurs kanzo vêtus de blanc, les yeux bandés, pieds nus, accompagnés de leurs parrains et marraines, sont introduits dans le djevò où  ils resteront en réclusion pendant une semaine.

Plusieurs cérémonies privées ont lieu à l’intérieur du djevò, notamment la consécration de l’adepte à son mèt tèt et la préparation des pòt tèt, cruches en terre cuite, faïence ou porcelaine qui symboliquement contiendront les âmes des Hounsi Kanzo. Pendant toute la semaine, les aspirants dormiront ) même le sol sur des nattes , de grosses pierres sous la tête en guise d’oreillers, pendant le kouche kanzo, sous la bienveillante mais sévère supervision d’une manman Hounyò, et ne se nourriront que de mets sans sel.

La réclusion totale dans le djevò prend fin avec la sortie des hounyò tôt le dimanche dans la matinée. La veille au soir, on les avait fait venir incognito au peristil, enveloppés dans des draps blancs cachant leur identité, pour la cérémonie appelée boule zen. Ce rituel est si important dans le vodou qu’il fait partie de toutes les initiations et de plusieurs autres occasions. Au cours de cette cérémonie, les Hounyò, vêtus de blanc, coiffés de chapeaux de paille; foulard blancs au cou, après avoir enduit leurs mains d’un mélange d’huile, de vin, et de décoction de feuilles, les plongeront en trois fois, dans une casserole de maïs moulu bouillant, pour en faire trois boules dénommées atoutou. C’est bien cette cérémonie qui a donné au mot kanzo son sens populaire non religieux, désignant toute personne immunisée contre les brûlure par le feu. Après leur participation avec succès au boule zen, les Hounyò deviendront Hounsi Kanzo.

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SORTIE KANZO CHEZ MANBO LE BELLE DEESSE DÉRÉALE.

Le dimanche matin, à l’occasion de la sortie des Hounyò, aucun détail n’est négligé pour donner à cet évènement un éclat particulier. Toujours vêtus de Blanc, foulards blanc pour les dames et chapeau de paille pour les hommes, les aspirants défileront en grande pompe, accompagnés de leurs parrains et marraines, sous un grand drap blanc étendu en forme de dais. Drapeaux et tambours en fête, la procession salue Legba, fait le tour de la cour, salue les « espri »des arbres repozwa, et retourne au peristil où elle est saluée par les dignitaires et le pè savann. Celui ci asperge les Hounyò d’eau bénite, et la manbo ou le houngan en charge de l’initiation leur confère le grade de hounsi kanzo. On procède alors au Osman, rituel décrit précédemment. Les festivités , prières, musique, chants, danses continuent jusqu’au petit jour.

À partir du lendemain commence une période de quatre ou cinq jours de semi-réclusion. Les kanzo sont encore astreints à de nombreux actes de piété au Hounfò. Ce n’est que le vendredi qu’il leur sera permis de retourner chez eux, où ils auront encore à compléter une durée totale de quarante jours de réclusion. Pendant ce temps, ils se croiront vulnérables à toutes sortes de dangers surnaturels et se protègeront en menant une existence pieuse.

À la fin des quarante jours a lieu la cérémonie des colliers et resevwa tèt, la dernière du cycle de l’initiation. Les nouveaux Kanzo réunis dans le Badji, devant le pe, s’agenouillent et offrent des colliers aux Lwa pendant que le célébrant leur trace sur a tête le vévé de leur mèt tèt, ou « espri » protecteur.

En plus des cérémonies d’initiation, le rituel boule zen a également lieu à l’occasion de la consécration de nouveaux Hounfò, et en l’honneur des Lwa protecteur des sanctuaires. C’est aussi une cérémonie funéraire pour les initiés importants, houngan, manbo et hounsi kanzo décédés, au cours de laquelle le vévè zen est tracé à côté du vévè du Lwa que servait le disparu. Elle est célébrée dans un délai de quinze à quarante jours, après une autre cérémonie mortuaire préalable connue sous le nom de désounen. Celle-ci est le rite dont le but est d’enlever du défunt ou de la défunte tous les pouvoirs spirituels qu’il possédaient de leur vivant. C’est à dire, de libérer leur âme de leur corps.

VOCATION ET PRISE D’ASON

11666133_524599784361901_2419532005257414961_nDans le Vodou Haïtien, comme certes dans toutes les religions, ceux qui servent comme ecclésiastiques le font généralement en réponse à ce qu’ils croient être un appel venant d’Olohoum. Selon les Vodouisants, un adepte ne peut se dérober à sa vocation soit comme houngan, soit comme manbo, sans s’exposer à des châtiments sévères. La révélation peut lui parvenir sous la forme de songes, de messages transmis par des initiés en transe, de visions, de manifestations surnaturelles, de conseils des ainés ou de prêtres, etc. La vocation peut aussi être héréditaire. Il arrive que certains puissent vouloir accéder à la prêtrise par convoitise, à cause du prestige et des privilèges matériels, moraux, et religieux octroyés par le sacerdoce, mais le recrutement des futurs houngan et manbo d’un temple déterminé s’accomplit surtout parmi les habitués déjà familiarisés avec les coutumes, les Lwa servis, la musique, les danses, etc.

La prise d’Ason ou le pran Ason est l’intronisation du Houngan ou la Manbo. L’Ason est une crécelle faite d’une calebasse vidée et séchée, décorée de pierreries et de vertèbres de couleuvre. C’est le symbole du pouvoir du prêtre. Plus que le Kanzo, l’aspirant Houngan doit se soumettre à une discipline rigoureuse et consentir à de grands sacrifices. C’est un initié qui a déjà franchi la plupart des étapes préliminaires et à qui on fait plus d’exigences, puisqu’il aspire au grade le plus élevé de sa religion. Il est en outre censé avoir fait montre de qualités qui le distinguent des autres initiés.

La procédure suivie par ceux qui croient avoir la vocation du sacerdoce commence par la confidence faite à un houngan ou une manbo d’âge avancé à qui ils demandent d’être leur donneur d’Ason.

Si le donneur accepte, le candidat passe plusieurs mois ou même plusieurs années d’apprentissage et d’épreuve sous sa tutelle. Après ce stage, il est admis au Djévò pour une réclusion dont la durée variera entre six et vingt quatre jours, selon les exigences des Lwa qu’il veut servir et les connaissances qu’il veut obtenir. Il suit une retraite semblable à celle des Kanzo, mais encore plus rigide. À l’instar du Hounyò Kanzo, il se couche à même le sol sur une natte, une grosse pierre sous la tête.

Après des cérémonies secrètes dans le Djévò, sous la direction du donneur d’Ason secondé par des vétérans de la prêtrise, les lwa eux-mêmes viennent conférer à leur serviteur les dons de clairvoyance et de connaissance. Le candidat devient alors Houngan ou Manbo. En plus de ses obligations sacerdotales, il est appelé à endosser de lourdes responsabilités.

Il passera sa vie à étudier, apprendre l’éthno-botanique , les propriétés des plantes médicinales, et à connaitre l’être humain dans son tout comme le précisait le défunt ATI Beauvoir.

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