LES CHAMANES SONT DES EXPLORATEURS DE L’ESPRIT HUMAIN

Je poursuis dans la petite section « chamanisme » avec un texte de l’anthropologue Américain et docteur  en médecine  Roger Walsh. Ce dernier estime que l’existence des esprits, tels que le perçoivent les chamanes, est une question qui ne saurait être définitivement tranchée. Il suggère également que les chamanes font office de pionniers dans l’exploration des capacités encore mal connues de l’esprit humain. Walsh opte ici pour un point de vue agnostique, se situant à mi-chemin entre la conciliation des points de vue scientifique et chamanique  et leur divergence.

Bonne lecture les Ami(e)s.

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Pour être tout à fait honnêtes, nous devons reconnaître qu’aujourd’hui encore, nous sommes dans l’incapacité de réfuter l’éventuelle existences d’esprits (des entités intelligentes, non matérielles, indépendantes de l’esprit du médium contacté) ou leur rôle dans certains phénomènes de « channeling ». Il n’est de loin pas certain qu’il soit possible d’apporter la preuve de leur existence.

Autrement dit, pour adopter une terminologie plus précise, nous semblons être ici confrontés à un cas d' »indétermination ontologique », ce qui signifie que la nature fondamentale, ou statut ontologique, de la source d’information ne peut être déterminée de façon définitive, parce que l’information disponible ou l’observation peuvent être interprétées de nombreuses manières, sans que nous disposions d’aucune méthode permettant de déterminer avec une certitude absolue quelle(s) interprétation(s) pourrai(en)t s’imposer.

De façon plus concrète, cela signifie que les interprétations individuelles des phénomènes seront en grande partie déterminées par les croyances personnelles des individus concernés, leur philosophie et « hypothèse du monde ». Cette hypothèse regroupe tout l’agencement des croyances fondamentales concernant la nature du monde et de la réalité qui sous-tendent la vie et les activités d’une communauté donnée. La plupart des gens adoptent tout simplement les postulats consensuels de leur culture ou sous-culture, sans prendre la peine de les remettre en question, et interprètent le monde en conséquence.

Ainsi, les décisions des individus concernant la nature des esprits et du « channeling » dépendent en grande partie des préjugés sur lesquels ils se fondent quant à la nature de la réalité.

Par exemple, une personne qui adhère au matérialisme philosophique considère que tout ce qui existe et matière ou dépend entièrement de la matière pour exister. Une telle personne considérera évidemment que les « esprits » très différemment du pratiquant ou du théologien qui croient à un royaume transcendant de pur esprit. Pour le philosophe matérialiste, toutes les sources de sagesse intérieure, d’information, de conseil ou de vision – c’est à dire toutes les entités, voix et images perçues – se limitent à des constructions mentales, n’étant, par conséquent, que l’expression de feux d’artifice neuronaux, probablement détraqués  dans le cas qui nous occupe. De ce point de vue, l’expérience des chamanes tout autant que que les esprits se limitent à des créations de l’esprit, et tous les mondes, esprits ou âmes, ne sont des projections mentales. C’est pourquoi, le matérialiste considérera que les chamanes sont dans l’erreur, dans le meilleur des cas, et psychotiques, dans le pire.

Il en va très différemment pour celui qui croit, au panpsychisme, qui postule que tout, dans l’univers, plantes et objets inanimés compris, est doté d’un certain type d’existence psychologique ou de conscience. Ceux qui se rallient à cette vue n’auront aucun problème à croire qu’au moins une partie des aides, voix et visions rencontrées au cours d’expériences chamaniques sont effectivement des esprits.

Il convient bien évidemment d’admettre que nous ne disposons absolument d’aucun preuve qui puisse nous indiquer que toutes les sources de sagesse intérieure sont de même nature. Pour autant que nous le sachions, certaines d’entre elles peuvent se résumer à des mécanismes de la pensée, donc peu impressionnants, tandis que d’autres peuvent être appréhendées comme une ou des sources transcendantes à l’intérieur ou en dehors de nous mêmes. À l’heure actuelle, il se peut que nous ne soyons tout simplement pas en mesure d’opter de manière définitive pour l’une ou l’autre de ces interprétations. Par conséquent, le seul postulat honnête consiste à adopter un point de vue agnostique concernant les esprits et les médiums, selon lequel nous ne pouvons qu’admettre leur caractère indéterminé et notre ignorance.

Quoique honnête une telle approche n’est guère satisfaisante, pour ne pas dire agaçante et ingrate. Cependant, il se peut que l’agacement qu’elle nous inspire traduise notre propre incapacité à tolérer l’ambiguïté de notre attachement à nos propres opinions et hypothèse du monde. D’autres philosophie et traditions spirituelles nous poussent à reconnaitre que nous ne savons tout simplement pas – ou, plutôt, nous ne pouvons tout bonnement pas savoir – la nature ultime de bien des choses , nous encourageant à reconnaitre le « mystère radical » de l’existence, autrement dit, en langage zen, à sauvegarder un « esprit de non-savoir ».

À la lumière de ce qui vient d’être posé, notre incapacité à décider une fois pour toutes de l’existence des esprits, des phénomènes de « channeling » et des entités non psychiques n’est pas si surprenante, puisqu’elle reflète simplement notre ignorance actuelle et peut-être même l’éternelle limitation de notre mécanisme cognitif. Quoique paraissant peu satisfaisante, une telle approche peut toutefois aider à nous rendre modestes.

Vu les limitations actuelles de notre savoir, que pouvons nous donc conclure au sujet des esprits des chamanes et leurs homologues d’autres nations et siècles révolus? En premier lieu, de nombreux individus peuvent évidemment avoir accès à des sources d’information et de sagesse intérieures pouvant être vécues comme des entités distinctes d’eux-mêmes. L’information ainsi obtenue pourra souvent être banale, dénuée de sens et égotique, mais elle pourra aussi, parfois, être porteuse de sens, pénétrante et dotée d’impact  sur l’existence. Ainsi, il se peut que nous ayons sous-évalué l’envergure et la profondeur des sources d’information disponibles en l’homme, les manières plurielles d’y avoir accès et la fréquence et l’impact du « channeling ». Le « channeling », par ses effets sur les individus, les cultures et les religions, a changé le cours de l’histoire.

Bien que la nature de ce procédé puisse être interprété de différentes manières, elle tend néanmoins clairement à attirer notre attention sur des sphères et des capacités de l’esprit humain encore méconnues. Il est donc possible que nous nous soyons sous-estimés, de même que la sagesse, l’imagination et le pouvoir créateur qui sommeillent en nous. Les chamanes apparaissent ainsi comme les premiers pionniers à avoir exploré et extrait de telles ressources.

ROGER WALCH 1990

Photo de couverture: art by Jhefferson Saldaña Valera

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