DES PLANTES QUI ENSEIGNENT

Mes ami(e)s proches connaissent ma position sur les enthéogènes, et le profond respect que je porte au monde végétal. Dans chaque processus initiatiques auquel j’ai eu la chance de participer, les plantes ont toujours eu un rôle important.

Nous apprenons des esprits bien plus que des hommes.

Je précise tout de même que cet article n’a pas vocation a orienter vers la consommation de produits qui pour certains sont, dans plusieurs pays d’Europe, prohibés.

Aucun prosélytisme à ce sujet dans la démarche. Cette notion est simplement une réalité dans de nombreux systèmes de croyance sur plusieurs continents.

Antropologue colombien, luis Eduardo Luna parle ici des « plantes qui enseignent », un concept central du chamanisme mestizo de l’Amazonie péruvienne. Luna démontre qu’il suffit d’écouter les gens avec attention pour apprendre beaucoup de choses. Pour une fois, anthropologue et chamanes parlent la même langue: L’espagnol.

Bonne lecture les ami(e)s

Dans la ville d’Iquitos et ses environs, la médecine populaire est une tradition encore florissante. Les praticiens, dont certains peuvent être qualifiés de chamanes, contribuent de façon importante à la santé psychosomatique des habitants de la région. Ces derniers comptent dans leur rang des vegetalistas, ou spécialistes des plantes, qui se servent d’un certain nombre de plantes appelées doctores, ou plantes qui enseignent. Ils croient que, s’ils s’astreignent à quelques règles, dont l’isolement suivi d’un régime spécifique, ces plantes ont le pouvoir de leur « enseigner » comment diagnostiquer et soigner les maladies, comment mener à bien d’autres tâches chamaniques, habituellement grâce à des mélodies magiques ou icaros, et comment utiliser les plantes médicinales.

Quatre chamanes ont été interrogés sur la nature et l’identité de ces plantes magiques, le régime à suivre, la manière dont s’opère la transmission du pouvoir chamanique, la nature de leurs esprits auxiliaires et la fonction des mélodies magiques que leur enseignent les plantes. (…)

Dans le contexte des pratiques chamaniques, une croyance essentielle veut que de nombreuses plantes, pour ne pas dire toutes, aient chacune leur propre « mère » ou esprit. C’est grâce à l’aide des esprits de certaines de ces plantes, que j’ai dénommées « plantes qui enseignent », que le chamane est capable d’acquérir des pouvoirs.

Interrogés sur l’origine de leur savoir, mes quatre interlocuteur répondirent ceci: « La purga misma te enseña (la purge elle même t’apprend) », faisant référence à la boisson à base d’ayahuasca. D’autres plantes, dont j’appris que certaines étaient utilisées comme additif de l’ayahuasca, furent également mentionnées.Supposant qu’au moins une partie d’entre elles était dotée de pouvoirs psychotropes, je me mis à établir une liste et m’efforçai, dans la mesure du possible, de recueillir toutes ces plantes qui « enseignent la médecine ». Dans les comptes-rendus des chamanes, je trouvai que les plantes qu’ils appellent doctores ou vegetales que enseñan (plantes qui enseignent) soit:  1) provoquent des hallucinations, lorsqu’elles sont consommées seules; 2) modifient, d’une certaine manière, les effets de l’ayahuasca; 3) donnent le vertige; 4) possèdent de fortes propriétés émétiques et/ou cathartiques, ou, du moins, quelques-unes d’entre elles. Je me demandais, néanmoins, quelle serait la manière appropriée pour interroger mes interlocuteurs à propos des plantes qui enseignent. En effet lorsque j’utilisais le verbe espagnol marear (donner la nausée), par exemple: « Don Celso, marea esta planta? (Don Celso, est-ce que cette plante donne la nausée?) », la réponse pouvait être: « Oui c’est une bonne médecine » ou « Oui, elle te fait tout vomir » ou « Oui, elle t’enseigne » ou « Oui, elle te fait voir de belles choses » ou encore « Oui, si tu la mélange à l’ayahuasca. » Des réponses similaires m’étaient données, lorsque je formulais la question différemment, par exemple: « Don Émilio, es esta planta doctor? (Est-ce que cette plante est un docteur?) » ou « Don Alejandro, tiene madre esta planta? (Est-ce que cette plante a une mère?) » Une telle série d’associations est, certes intéressante. L’association de plantes psychotropes aux émétiques et aux vermifuges a été relevée par Rodriguez et Cavin. Le lien entre rêves et hallucinations est, par ailleurs, un thème récurrent de la littérature chamanique. D’après ce que j’ai pu comprendre, toutes les plantes psychotropes sont considérées comme des maitres potentiels. J’ai demandé à Don Émilio s’il avait déjà consommé des champignons psilocybe cubensis, qui poussent en abondance sur les bouses de vache de la région. Il acquiésça: « Bonito se ve. Diétándoledebe enseñar medicina (On voit de belles choses. En suivant le régime, elle doit t’enseigner la médecine). »

Les quatre interlocuteurs avec lesquels j’ai travaillé n’étaient pas d’accord quant à savoir si toutes les plantes qui enseignent provoquent des visions. Selon Don Alejandro, par exemple, toutes les plantes qui ont une « mère » marean (donnent le mal de mer), ce qui implique qu’il existe des plantes qui sont dépourvues de « mère », ce que ne confirment ni Don Celso ni Don Émilio. Don Celso dit que « la mère de la plante est son existence, sa vie ». Don Émilio affirme que toutes les plantes, même les plus petites, ont chacune leur « mère ». Certaines des plantes qui enseignent provoquent des visions, mais seulement si elles sont associées à de l’ayahuasca. D’autres ne provoquent qu’una mareación ciega (un mal de mer aveugle), dans laquelle on ne voit absolument rien. D’autres plantes n’enseignent que dans les rêves.

Mes quatre interlocuteurs ont toutefois relevé avec insistance que les esprits des plantes leur avaient enseigné leur savoir. Don Celso, par exemple, n’a jamais reçu d’enseignement de la part d’un chamane. Un jour, il formula une remarque très significative: « C’est la raison pour laquelle certains docteurs croient que le vegetalismo (science des plantes) est plus puissant que la medicina de estudio (la médecine occidentale), parce qu’ils apprennent en lisant des livres. Mais nous, nous prenons juste ce liquide, nous suivons le régime, et, alors, nous apprenons. » Don Alejandro me dit, quant à lui, qu’il apprit très vite beaucoup plus de choses que son maitre, un indien qui avait été capturé par des caucheros (ouvriers qui travaillent le caoutchouc), parce que les esprits des plantes lui avaient beaucoup enseigné. Don josé estime que ses murrayas lui ont appris tout ce qu’il sait. (…) Il les identifie aux esprits de chamanes décédés, qui, lorsqu’il est en transe, pénètrenent dans son corps et lui parlent en cocama, un langage tribal péruvien. Don José est le seul qui, de nos quatre interlocuteurs, manifeste ce qui pourrait être qualifié de possession par les epsrits. Il entretient parfois de longues discussions avec les esprits, qui parlent à voix haute par sa bouche.

Les esprits, qui sont parfois appelés doctorcitos (petits docteurs) ou abuelos (grands-pères), se présentent pendant les visions et dans les rêves, montrant quel disgnostic poser sur la maladie, quelles plantes utiliser et de quelle manière, comment utiliser la fumée du tabac de manière appropriée, comment extirper la maladie par succion ou réinsuffler l’esprit dans une patient, comment les chamanes se défendent, ce qu’ils doivent manger, et, le plus important, ils leur enseignent les icaros, ces chants magiques ou mélodies chamaniques, qui représentent le principal instrument des séances chamaniques.

Pour clôturer les ami(e)s et puisque les mots de la fin sont orientés sur les icaros, je vous laisse découvrir ce dont il est question par la bouche de ma bien aimée Maestra Olivia:

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