LE PANTHÉON DAHOMÉEN

Les rois et le clergé d’Abomey, annexant les vodoun des peuples conquis s’attachèrent à centraliser ces éléments disparates en une synthèse nouvelle, aussi peut-on parler du culte de ces grands dieux comme d’une tentative de « religion d’État » par opposition aux aspects strictement familiaux ou même individuels de la religion dahoméenne.

La classification proposée par Herskovits présente l’avantage d’être simple, claire et cohérente. De plus, elle présente une analogie structurelle avec le vaudou Haïtien qui ne nous a pas semblé fortuite. D’après cette classification, les cultes publics se divisent en trois grands panthéons autonomes, mais qui se cherchent sans cesse des points de contact: au premier rang, le panthéon des dieux du ciel, puis vient celui des deux de la terre et enfin celui des dieux du tonnerre, qui contrôlent le tonnerre et la mer.

LE PANTHÉON CÉLESTE:

Le culte des dieux du ciel fut institué officiellement par la mère du roi Tegbesou (1728 -1775). Il est celui qui, au dahomey, recueille le plus faible nombre d’adeptes. Il n’en occupe pas moins le tout premier rang de la hiérarchie religieuse. Sa liaison avec la famille royale donnait à lui sel droit à des sacrifices humains.

Pour les prêtres du panthéon céleste, le monde a été créé par un dieu hermaphrodite, Nana Buluku, qui, en se fécondant lui-même, à donné naissance à deux jumeau: mawu et Lisa, auxquels a été confié le commandement du monde.

Mawu, la femme, a pour domaine la nuit, elle gouverne la lune. Le peuple préfère à son frère époux car,  elle est plus clémente, plus sage, plus douce. La nuit, son royaume, est le temps du repos, de la fraicheur, des rapprochements.

Lisa, l’homme, règne sur le jour. Son élément est le soleil. Vif, rude, il est associé à l’effort, car le jour est le temps du travail.

Autre personnage du panthéon céleste: Gu, dieu du fer et des forgerons. Gu est un civilisateur, c’est lui qui a rendu la terre habitable aux hommes, et son oeuvre n’aura jamais de fin. Il est devenu, dans le Dahomey moderne, le protecteur des chauffeurs et des mécaniciens. C’est le Vodoun du progrès, le symbole de l’intelligence agissante de l’homme.

LE PANTHEON TERRESTRE:

Pour les prêtres de Sagbata, les enfants de Mawu Lisa sont les principaux vodoun de la terre – le couple céleste est ainsi repris comme géniteur des vodoun terrestres.

Les ainés de ses enfants, Dada Zodji et Nyawé Ananu, sont des jumeaux de sexes différents. Ils représentent Sagbata et sont chargés du gouvernement de la terre. Ensuite vient Sô, ou Sogbo, androgyne comme son géniteur Mawu Lisa et resté au ciel près de lui. D’après les prêtres de sagbata , il a donné naissance aux dieux du panthéon du tonnerre (Hévioso). Le panthéon du tonnerre est donc le cadet du panthéon de la terre. Si la domination de la terre est acquise à Sagbata, il est cependant dépendant de son cadet Sogbo,  maitre de la pluie, sans lequel il ne peut rien – une situation fort mal ressentie, source de querelles sans fin.

Viennent ensuite les jumeaux Agbé et Naété, dont le domaine est la mer (Agbé est probablement devenu Agoué, loa de la mer en Haïti), puis Cu, vodoun du fer, puis Agê, le chasseur, Djo, l’air, le souffle, la vie et enfin Legba dans son rôle d’ambassadeur et d’interprète.

Chaque dieu parle une langue incompréhensible pour ceux des autres panthéons. Legba est le seul à les connaitre toutes, en plus de celle des hommes. IL est donc le « linguiste des dieux » et l’envoyé de Mawu.

LE PANTHÉON DU TONNERRE

Le nom générique de ce panthéon est Hévioso. Comme Sabgbata, Hévioso désigne une famille de dieux et ne renvoie à aucun personnage individualisé. Au Dahomey, Hévioso est constitué par la réunion de deux groupes de vodoun aux caractéristiques très différentes: un premier groupe dont la vocation justicière s’exerce pa r la foudre et un second groupe lié à la mer, source de toutes les eaux car d’elle vient la pluie.

Sogbo, Agbé et Badé, la voix la plus formidable du tonnerre, le sorcier maléfique, sont parvenu en Haïti. Au Dahomey, Badé commande à Aido Wédo, le serpent arc en ciel qui transporte l’éclair meurtrier sur la terre.

Ces panthéons, en tant que familles de dieux dominants les éléments naturels, disparaissent en Haïti: chaque dieu transplanté garde ses attributions, mais de manière individuelle. Cependant, le chiffre trois, qui domine tout l’ésotérisme dahoméen, domine aussi l’espace religieux haïtien. Il  y a trois panthéons dans le vaudou haïtien qui portent les noms des trois grandes classes ethniques de la colonie: Le panthéon rada, pour les dieux dahoméens et yoroubas, le panthéon congo, où l’influence des Bantous est plus nette , et le panthéon pétro, d’élaboration créole. Tous les éléments légués par les autres peuples seront intégrés dans ces grandes catégories.

LES CULTES PERSONNELS

Il existe dans la religion dahoméenne des vodoun qui, sans appartenir à un panthéon déterminé, sont présents dans tous les rituels. Il s’agit de divinités personnalisées, comme Legba, ou bien de principes plus abstraits, comme Dan ou Fa. Ce qui créé une parenté entre ces différents vodoun , c’est leur richesse philosophique et le caractère indispensable des notions qu’ils incarnent dans la cosmologie dahoméenne.

Dan: Dans est un principe divin complexe aux multiples avatars. Associé au serpent, il est plus qu’un serpent: il est la qualité de ce qui est vivant, exprimée par toutes les choses flexibles, sinueuses, humides, par tout ce qui rampe se plie, se déplie, n’a pas de jambes, l’arc en ciel, la fumée, le cordon ombilical, les racines, les nerfs, le sexe de l’homme sont des choses Dan. Dan est la vie, Mawu, la pensée.

Dan représente le caractère aléatoire de la vie, la mémoire dans ce qu’elle a a à la fois de fluctuant, d’insaisissable et de permanent. Ses principales manifestations sont Aido Wéo et Danbada Wédo.

Aido Wédo exprime la négation du commencement absolu, l’idée d’une succession infinie de mondes et de créateurs dont l’homme a perdu le souvenir, mais qu’il se doit d’honorer avec le plus grand soin. Danbada wédo est le souvenir du clan, l’incarnation des parents puissants mais trop anciens pour vivre encore individuellement dans la mémoire de leurs descendants. Grâce à Danbada wédo, le clan peut leur rendre un culte collectif.

Dan est donc la continuité: c’est pourquoi on le présente comme un serpent qui se mord la queue. Continuité du temps religieux, du temps biologique, de la présence matérielle du clan.

Legba et Fa: Legba et Fa sont des divinités étroitement liées dans leurs rapports avec les hommes: fa est l’ordre, la parole de Mawu, le destin du monde et de l’homme dans ce qu’il a d’inexorable; Legba est la personnification de l’accident dans le monde, il est le moyen pour l’homme d’échapper à son destin, de tricher; il est la colère des dieux, la colère de l’homme, cette impulsion qui a pour siège le nombril et que l’homme se doit d’apaiser.

Fa et Legba, en somme, sont des compagnons médiateurs entre les dieux et les hommes. Fa est le principe de la certitude et de la prédiction; à l’opposé, Legba provoque volontairement contestation et désordre, il est le principe de l’incertitude. Legba pousse les hommes à offenser les dieux, Fa leur apprend le moyen de se réconcilier. L’existence de l’un est nécessaire à celle de l’autre. Leur relation est un exemple frappant de dualisme équilibré: il est nécessaire que l’ordre soit rompu pour le renouveau et le changement de la vie. Le conflit est valorisé et considéré comme constructif. On ne le supprime pas, et l’équilibre s’installe dans la dialectique des oppositions.

Legba est craint, c’est un tricheur qu’il est indispensable de se concilier pour échapper à ses mauvais tours; mais on a pour lui une immense affection , car il est capable du meilleur comme du pire. Il déjoue surtout les pièges que les dieux tendent aux hommes. En tant que messager et linguiste des dieux on lui offre toujours un sacrifice avant de s’adresser à eux: tous les grands couvents initiatiques possèdent un legba, un danseur voué à Legba. L’affection que lui portent les Dahoméens est pleine de sympathie indulgente, car Legba c’est l’humour, la truculence , la sexualité débridée. Il est le vagabond, celui qui n’a ni temple ni prêtre, qui n’exige aucune initiation: legba fait en quelque sorte parti intégrante de l’homme.

Par un curieux revirement, Legba est devenu en Haïti un personnage éminemment respectable: il a perdu sa truculence, son caractère perturbateur pour se transformer en un très vieil homme, perclus de rhumatismes, frigide, entouré par l’immense déférence de ses fidèles. Il est resté cependant le messager des dieux, le maitre des carrefours, celui qui ouvre toutes les barrières, que l’on invoque le premier, et qui inaugure les cérémonies.

Fa, lui, « nest pas une force naturelle, il est la sollicitude de Dieu pour sa création ». Il est très important pour chaque homme responsable, ayant charge d’âmes, de maitriser son destin: l’initiation au culte de Fa, conduite par le bokono (devin, prêtre de Fa), assure à toute sa famille et à lui-même une vie harmonieuse.

Le mode de divination le plus suivi, avant l’importation de Fa, était Bo: « Bo était un dieu, mais personne ne peut dire au juste d’ouù il est venu, ni à quelle époque » Le roi (Agadja), « qui haïssait ce Bo parce qu’il permettait trop d’alliances contre lui », le remplaça par Fa, mais il eut à vaincre une sérieuse résistance, et c’est certainement pour cela qu’il vendit aux négriers tous les spécialistes de Bo — lesquels se retrouvèrent en Haïti: le rélé loa nâ govi (appel aux lwas dans une cruche) ou le rélé mô nâ dlo (appel du mort dans l’eau) constituent un mode de divination extrêmement courant en Haïti — Or il s’agit de l’exacte reproduction de la divination Bo.

LISA DESQUIRON POUR L’ABBAYE DOUALAS –

LORAY GWONDÉ BON BÒKÒ

 

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